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De quelle fraternité sommes-nous capables ?

fraterniteAu mois de mai, j’ai lu le livre d’un homme qui s’appelle Régis Debray. Dans sa jeunesse, il a été guérilléro en Amérique  latine et, aujourd’hui, c’est un des sociologues, un des « penseurs » les plus réputés de France.

Régis Debray ne croit pas en Dieu. Mais il ne cesse de rappeler l’importance capitale des racines religieuses, chrétiennes de la France républicaine et de nos valeurs humanistes. Alors, dans ce livre, Le moment fraternité (troisième mot de notre devise républicaine), il se demande comment passer du « moi - je », l’individualisme et du « on », la foule anonyme des gens, y compris dans une église, à « la force du nous », le « nous », la vie ensemble, la fraternité.

Pour lui, il y a quatre façons de passer du « moi-je » et du « on » au « nous » de la fraternité. C’est la fête, le banquet, la chorale et le serment.

Pour ces quatre mots, comme par hasard, il prend l’exemple des moines, de la vie monastique ; car, pour lui, les moines ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la fraternité dans la vie sociale, la république ! Alors, je vais reprendre ces quatre mots en pensant à notre paroisse, même si la comparaison a ses limites et que ce que je vais dire est discutable !

La fête: Chez les moines, elle est courte mais très appréciée. C’est la récréation du dimanche, les moments où ils peuvent parler et rire ensemble, se balader, etc. Il y a aussi les anniversaires. Et puis : les grandes fêtes religieuses. Dans notre paroisse  j’ai pensé aux deux rencontres avec les paroissiens de Saint-Paul de Lyon en janvier et en mars qui ont créé bien plus de liens entre nous que des dizaines de réunions ; la messe et le repas avec les Africains en décembre ; les tirages des rois, les pique-niques au bord du lac de Villerest avec les enfants du caté et leur famille et un tas de petites rencontres.
Vraiment : cela crée de la fraternité !

Le banquet : Chez les moines, ce sont les deux repas quotidiens et communautaires, au réfectoire et en silence ; plutôt solennels ; ce sont des rendez-vous aussi importants que les offices de prière ! Dans notre paroisse, il y aurait nos eucharisties dominicales, ces rendez-vous répétitifs, parfois routiniers et monotones ; mais essentiels à la vie de la communauté. Et puis : un tas de rencontres qui ne font pas de bruit, un peu invisibles, mais qui tissent vraiment des liens. Par exemple, pour moi : les visites à l’hôpital, dans les maisons de retraite, les rencontres avec les fiancés, des repas chez les paroissiens et même les funérailles où il se passe des choses très fortes. Là aussi : de la fraternité !

La chorale : Chez les moines, ce sont les cinq ou six offices quotidiens de prière, tous ensemble, avec le chant choral des psaumes. Dans la longue durée répétitive des mois et des années, ce chant choral exprime quelque chose de très fort de la foi de chaque moine et de l’unité, l’harmonie de la communauté. On peut dire comme ça : Autant de moines : autant de voies et autant de croyants avec son Dieu ; mais, un seul chant de louange et une même foi. Et même : un seul chant de louange qui porte les moines qui vivent un peu une période de désert spirituel ; être porté par la foi des autres.
Dans notre paroisse, le chant et la prière, bien sûr. Mais aussi, toutes ces rencontres très diverses où nous faisons quelque chose ensemble : partages d’Evangile, préparation des messes, réunions de gestion économique, etc. Dans toutes ces rencontres, comme dans une chorale, chacun doit avoir toute sa place, et tous doivent s’ajuster les uns aux autres pour qu’il y ait une certaine harmonie dans ce l’on fait ; que ce ne soit pas trop la cacophonie dans la paroisse.
Et même plus : le chant des moines exprime leur joie profonde ; pour nous aussi : qu’il y ait vraiment de la joie à chanter ensemble, à faire et à vivre quelque chose ensemble… pour le bien commun, le bien de Tous et pour Dieu lui-même.

Le serment : Chez les moines, le « serment inaugural », dit Régis Debray, c’est le jour où le moine décide d’entrer dans le monastère où il va passer toute sa vie ; et puis : le jour de ses vœux perpétuels dans la vie monastique, créant un lien sacré et à vie avec Dieu et avec une communauté de frères. Pour nous, le serment, c’est notre baptême et le même pain partagé à chaque eucharistie. Ce lien personnel et vital à Jésus-Christ nous engage à une fraternité réelle entre nous. De la même façon qu’« On ne naît pas chrétien mais qu’on le devient », « On ne naît pas frères mais on le devient », dit R. Debray. La fête, le banquet, la chorale et le serment : vous pouvez aussi penser à votre vie familiale, amis...

Père Yves Longin