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UNE SI LONGUE ATTENTE … MARCHER A L’ESPÉRANCE

couronneConférence du Père Jean PEYCELON donnée en la PAROISSE SAINT ROMAIN DE CUIRE   le 4 décembre 2012

UNE SI LONGUE ATTENTE … MARCHER  A L’ESPÉRANCE


« Nous avons été sauvés, mais c’est en espérance » Saint Paul : Lettre aux Romains 8,24

  1. 1. Question : le futur comme puissance d’anéantissement ?

La question de l'espérance est celle de l’avenir et donc celle de la peur devant l’inconnu dont on sait bien que personne ne la maîtrise. L'horizon certain est celui de la mort plus ou moins lointaine : mort personnelle, mort des proches, destruction de ce que j'ai créé et construit, mort inéluctable de l'humanité même si cette dernière perspective est à très long terme. Le futur ne serait-il pas puissance d'anéantissement ?

 

 

  • Quelques rencontres

Quelques rencontres récentes me semblent illustrer certaines positions assez fréquentes aujourd’hui par rapport à la question de l’avenir.

 

-          Ainsi de  l’insouciance de ce jeune couple. L'un et l'autre ont 35 ans, ne sont pas mariés, n'ont pas d'enfants, et pas non plus de soucis financiers. Leur investissement actuel consiste à vivre l’ «  ici et maintenant » et leurs projets d’avenir ne vont pas au delà de la préparation de leur prochain grand voyage à l'étranger.

-          Un enseignant, très cultivé, arrivant à l'âge de la retraite me fait part de sa lucidité désenchantée. Pour lui l'être humain est insignifiant dans un univers qui le dépasse de toutes parts. Peut-être existe-t-il à la rigueur une certaine force cosmique à l’œuvre dans cet univers mais cela ne change rien au statut du grain de poussière infinitésimal que nous sommes et dont les atomes seront recyclés à l’infini dans le cosmos.

-          Et voilà maintenant une femme d'une cinquantaine d'années gravement blessée par une série d'erreurs chirurgicales. Elle vit un état de souffrance permanente et n'entrevoit d'autre perspective que de programmer son suicide car vivre lui est devenu insupportable.

 

Ces trajectoires individuelles s'inscrivent dans une situation historique où l'humanité s’est donnée des possibilités nouvelles et puissantes pour améliorer les conditions de la vie humaine et la prolonger. Mais ce progrès technique engendre des risques proportionnels de destruction. La menace nucléaire nous hante depuis Hiroshima et elle se redouble maintenant d’une menace écologique qui concerne les conditions de vie sur toute la planète Terre. Que l’on s’en soucie ou non, à terme plus ou moins proche, l’horizon est bouché et la question de l’espérance telle qu’en parlent les chrétiens n’est qu’une question vaine. À noter que les études européennes sur l'évolution des valeurs font apparaître les Français comme de plus en plus pessimistes sur l’avenir de la société, très méfiants vis-à-vis des autres et de toutes les formes d'action institutionnelle.[1]

  • La mort des idéologies et le pessimisme ambiant

Le pessimisme ambiant est évidemment alimenté par la crise économique, la précarité, le chômage, par les difficultés à vivre dans une société très fragmentée culturellement et livrée à  des peurs fantasmatiques comme celle qu'inspire l'Islam. D'où la tentation du repli sur soi, sur des niches familiales et amicales où l’on se sent en sécurité, et la multiplication des domaines « protégés » derrière de hauts murs.

Jusque dans les années 70 certaines idéologies étaient porteuses d'espérance pour beaucoup. L’idéologie marxiste-léniniste promettait qu’une transformation économico- politique engendrerait automatiquement « les lendemains qui chantent ».[2] La révélation des crimes du stalinisme et du maoïsme puis la chute du mur de Berlin ont réglé son compte à une pensée qui pourtant avait inspiré beaucoup de générosité et qui ne fut pas étrangère à la production d’un très gros et très beau livre : Le principe espérance du philosophe Ernst Bloch.[3] C'en est fini aussi d'une croyance naïve au progrès scientifique comme avenir de l'homme. On sait que les retombées de certaines recherches et de certaines techniques sont en fait désastreuses. D'où scepticisme et inquiétude par rapport à des apprentis sorciers. Peur du nucléaire civil, des manipulations génétiques et d’une chimie toxique. Il n'est pas jusqu'à l'industrie pharmaceutique perçue comme faite pour guérir, qui ne soit à son tour mise en cause. La science qui se révèle contaminée par l'argent et se met au service des puissants  fait peur. Finalement un philosophe, Frédéric Gros, peut affirmer aujourd’hui que « le Principe Sécurité » remplace le « Principe Espérance ». [4]

  1. 2. Des réponses hors du champ religieux (sans référence à un « dieu »)

Depuis la plus haute antiquité philosophies et traditions spirituelles ont essayé d’élaborer des chemins de sagesse qui permettent de vivre une vie bonne sans postuler l’existence d’un « dieu » conçu pour garantir l’avenir de l’homme.. Je retiens ici trois courants de pensée qui s’expriment effectivement aujourd’hui en France et auxquels se rallient plus ou moins consciemment bon nombre de personnes.

  • L’hédonisme

« Mangeons et buvons car demain nous mourons » lançait saint Paul à ceux qui ne croyaient pas ou peu en la résurrection.[5] Sous une forme moins simpliste c’est la même position hédoniste que l’on retrouve exprimée par le moraliste Chamfort cité par Michel Onfray : « Jouis et fais jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne voilà, je crois, toute la morale. »[6] Seul compte alors l'intensité de l'instant présent dans laquelle « on s'éclate ». Ce qui importe c'est d'avoir « tout, tout de suite », selon un slogan publicitaire bien connu. Le même Michel Onfray s'en prend vigoureusement à tous les monothéismes animés, dit-il par une même pulsion de mort et partageant la haine de la raison et de la liberté, la haine de la sexualité, des femmes et du plaisir, ainsi que la haine du corps, des désirs, des pulsions. « Il n'existe qu'un monde et toute promotion d'un arrière monde nous fait perdre l'usage et le bénéfice du seul qui soit. Péché réellement mortel...[7] »

  • Assumer le désespoir (ou plutôt « l’inespoir »)

D’autres philosophes en quête de sagesse se donnent  pour objectif de « penser mieux pour vivre mieux. » Parmi eux André Comte-Sponville.[8] Il s'agit pour lui d'accepter le réel tel qu'il est et à partir de là de vivre une expérience de plénitude et la disparition du sentiment de  manque. Que désirer de plus puisque tout est là ? C’est une recherche de spiritualité sans espérance ni foi. Toute espérance est déçue toujours par ce qu'elle est frustrée mais aussi parce qu'elle a été satisfaite et que cette satisfaction échoue à nous donner le bonheur que nous en attendions. « Le salut sera inespéré ou il ne sera pas… Parce que seul un Dieu pourrait nous sauver et qu’il n’y a pas de Dieu et pas de salut ».[9] L'espérance du bonheur nous en sépare, d’où les déceptions, l'amertume, le ressentiment, l'angoisse pour l'avenir. Il y a tout un travail à faire pour passer de l’espérance au désespoir ou, plus exactement, à « l’inespoir ». Mais si l'on passe ce point limite alors s'ouvre devant nous comme une plaine joyeuse. C'est le contraire des utopies et des religions qui nourrissent guerres et fanatismes. Ce n'est pas l'espérance qui fait vivre c'est le désir, mais un désir qui se limite au possible. Pour autant cette sagesse aux accents bouddhistes ne fait pas l'impasse sur les malheurs du monde ni sur les atrocités. Elle conduit à une forme modeste de charité, la compassion. Albert Camus dans Le mythe de Sisyphe est un autre témoin de ce courant : « Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Cet univers désormais sans maître ne lui apparaît ni stérile ni inutile […] La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »[10]

  • Du côté du bouddhisme

Actuellement 5 à 6 millions de Français se déclarent proches du bouddhisme. Ils estiment que la Voie du Bouddha offre des réponses suffisantes aux questions existentielles du sens de la vie, de la souffrance et de la mort. Pour le bouddhisme tout peut et doit se comprendre sans référence à un « dieu ». Il y a donc une certaine connivence entre la pensée bouddhiste et le phénomène de sécularisation qui imprègne notre société occidentale dans laquelle le mot « Dieu » est devenu un mot insignifiant pour un grand nombre. Pour ses adeptes le bouddhisme est « La voie de la délivrance » mais il ne faut pas donner à ce terme un sens proche de celui que l'on entend communément par « espérance ». En effet le bouddhisme nie tout principe personnel, immuable et immortel. Le terme de la Voie est le nirvana, c'est-à-dire la libération absolue et définitive de tous les facteurs contraignants qui pèsent sur l’homme. C’est au-delà de l'existence et de la non-existence. [11]

  1. 3. Israël et la naissance d’une espérance[12]

En contradiction complète avec les courants de pensée décrits ci-dessus le témoignage d’Israël tel qu’il nous est donné à lire dans l’ensemble des livres du Premier Testament atteste la naissance et la persévérance obstinée d’une espérance qui a résisté et qui résiste encore à tous les aléas de l’histoire du peuple juif.[13]

  • « Du désert au désir »[14]

Quelque chose d'original semble s'être joué dans l'univers religieux du Proche-Orient vers 1200 avant Jésus-Christ. Dans des conditions difficiles à reconstituer avec précision il apparaît qu'il y a eu une rencontre entre deux approches religieuses, deux conceptions différentes de la divinité. Ces deux types de croyances religieuses sont restés en tension, voire en conflit, dans toute l'histoire biblique.

C'est ainsi que nous trouvons d’abord les traces d’une religion de nomades. Pour ceux-ci un « dieu » ne peut être conçu que comme faisant route avec eux. En effet le nomade ne s'installe définitivement nulle part. Il doit sans cesse prendre le risque de traverser des zones désertiques dans l'espoir de trouver une oasis, des sources d’eau et de verts pâturages. Il n’est jamais en situation de pouvoir compter sur la répétition de ce qu'il a déjà connu. Pas de retour du même. Il ne peut vivre sans concevoir un avenir ouvert, imprévisible. S'il y a un dieu ce sera un dieu qui l'accompagne et le conduit vers un ailleurs toujours nouveau. Partir c'est le choix risqué de la vie. Rester c'est la certitude de l'épuisement des ressources et la mort. La forme de vie nomade implique de faire confiance à un dieu qui conduise son peuple vers une vie meilleure. Une telle expérience sera de plus en plus ressentie et relue comme une histoire qui a du sens. Quelque chose est possible, imprévu, souhaitable, dont la réalisation est à venir.

Mais ces nomades vont rencontrer des sédentaires et le devenir eux-mêmes en s'installant en Canaan. Or le sédentaire envisage spontanément son « dieu » comme attaché à un lieu particulier et comme propriétaire d'un territoire délimité. Les divinités des sédentaires assurent la régularité des cycles agricoles qui permettent de vivre et même de s'enrichir. La terre et la fécondité sont de ce fait sacralisées. Le sédentaire élabore une pensée mythique et cyclique selon laquelle rien ne change vraiment. Les pratiques religieuses seront alors le plus souvent magiques, aptes à restaurer mécaniquement les cycles vitaux.

La particularité de la religion d'Israël est d’avoir gardé confiance en un Dieu capable d'ouvrir un avenir nouveau, en un Dieu de l'histoire, d'une histoire qui a du sens, tout en intégrant de nouvelles expériences humaines, celles de la sédentarisation, avec ses dimensions religieuses propres. Tout en construisant des villes Israël gardera la nostalgie de la marche au dessert. La vigilance pour la garde du troupeau et la quiétude des jardins clos. Ces deux types d'expériences humaines, spirituelles et religieuses, seront toujours en tension forte sans que l’une fasse oublier l’autre. En témoigne le rituel de la Pâque juive qui réunit deux mémoires, celle du séjour au désert avec le rite de l’agneau pascal et celle du changement de cycle agricole au printemps avec la confection des pains sans levain au moment de la nouvelle récolte. Le livre de l’Exode le précise : « C’est quand tu seras entré dans le pays que je te donne que tu mangeras pendant sept jours du pain sans levain ».[15] C'est ainsi qu'en Israël la mémoire du désert, mémoire sans cesse revivifiée rituellement, va réveiller le désir d'un ailleurs nouveau et meilleur dans un contexte qui pousse à l’'installation et au rassasiement. « Ce qui est beau et grand dans le désert c'est qu'on y découvre l'appel de l'ailleurs et la trace de l'Autre : il est le lieu de la relation pure. Le puits, les rites, les lois et le calendrier des nomades réunis en clan patriarcal à l’origine de l’histoire d’Israël en sont une illustration et un témoignage. On y apprend que l'espace, dans le désert,  ne renvoie pas le nomade à lui-même mais à l'Autre. » [16] Le désert toujours suscitera ou réveillera le désir de l’Autre, et donc une espérance.

  • Dieu se révèle comme le Dieu de la « promesse

Il n’y pas d’espérance possible sans une promesse garantie par quelqu'un d'autre. C'est dans cette dynamique que la tradition juive raconte l'apparition de Dieu, de sa révélation. Ce récit fondamental est celui de la rencontre de Moïse avec Dieu au « Buisson ardent »[17]. Dieu se révèle comme celui qui va lancer un peuple de sans-espoir sur les routes du désert pour en faire des hommes libres. Ce ne sera pas facile car ces esclaves sont quand même assez contents d'avoir à manger des oignons en Égypte et le désert fait peur. Le Dieu qui se révèle dans le buisson ardent ne demande pas qu’on lui bâtisse un Temple ni qu’on se rassemble autour d'un lieu de culte sacralisé. Il ne veut pas d'un lieu sécurisé par la présence d'une divinité qu'on s’imaginerait pouvoir garder à portée de la main. Ce Dieu n'est que de passage pour faire passer. « Son apparition n’est pas importante en tant que telle. Le sens de l’apparition réside, non pas dans l’apparition elle-même, mais dans la promesse qui s’y fait entendre et l'avenir qu’elle ouvre. »[18] En entrant au pays de Canaan, « le pays ruisselant de lait et de miel », en se mêlant à la population locale et en se sédentarisant, les Israélites vivront un certain accomplissement de la promesse mais ils n'oublieront pas, grâce à l'action des prophètes, que cette promesse a été faite par un Dieu qui, pour les libérer, les a embarqués dans une histoire qui n'est pas finie. La mémoire de l'Exode n’autorise pas à se contenter et à se rassasier de la situation présente. Elle est un ferment d'inquiétude qui amène à interpréter et à maîtriser les expériences personnelles et communautaires en interdisant la résignation ou les tentatives de restauration de l’ordre ancien qui sera toujours bousculé par la vie.

Vivre sous le régime d'une promesse cela change profondément la relation à Dieu. Le croyant est alors conduit à prendre et à reprendre le risque de la confiance, ce qui entraîne la possibilité du doute. En effet les réalités concrètes, empiriques, sont toujours plus ou moins en contradiction avec les promesses. Il y a une tension permanente entre la proclamation et l'échéance de la promesse : cela ouvre un champ de liberté, on peut obéir ou désobéir, se résigner ou espérer. Ce qui est étonnant, c'est que le peuple d’Israël devenu sédentaire n'a pas éliminé le dieu du désert mais a réussi à percevoir peu à peu que la promesse de son Dieu  porte sur beaucoup plus que sur des réalisations positives provisoires, matérielles et politiques. Chaque accomplissement se révèle, expérience faite, comme plus ou moins décevant. N'en est-il pas de même pour les cadeaux attendus à Noël ! Le « Désir », l'aspiration fondamentale de l'homme, le pousse à attendre toujours plus, une surabondance qui dépasse toujours des satisfactions qui se révèlent passagères. Du coup la mémoire, entretenue par les fêtes commémoratives des événements passés, construit une histoire qui apporte une première lueur sur l'avenir promis. Le passé est relu comme promesse d'avenir : il permet aux croyants de retrouver, comme un fil continu, la présence et l'action d'un Dieu fidèle. La tension entre promesses et réalisations suscite et suscitera sans cesse un travail d'interprétation dont les prophètes seront les acteurs.  Ils dénonceront toutes les pratiques qui enferment et qui tuent, aussi bien les injustices sociales que les pratiques religieuses magiques et les sacrifices qui achèteraient la faveur de Dieu. Ils en appellent au risque de l'espérance fondée sur une parole.

  • Dieu échappe aux prises : il est le Dieu inconnaissable mais …

Mais qui est-il ce Dieu de la promesse ? Que peut-on dire de lui ? À la différence des juifs les chrétiens ont largement oublié qu'il est redoutable de chercher à prononcer le nom de Dieu. Tout l'Occident chrétien a été imprégné par la philosophie grecque et a cherché à concilier la révélation biblique avec les théories philosophiques élaborées sur la divinité dans la culture hellénistique.   D’où l’étonnante question de notre ancien catéchisme national : « Qu'est-ce que Dieu ? Dieu est un pur esprit éternel, infiniment parfait, créateur et maître de toutes choses » dont toutes les créatures prouvent l’existence. [19] Beaucoup plus récemment le Catéchisme de l'Eglise Catholique reprend les termes du concile de Latran IV: « Nous affirmons qu'il y a un seul vrai Dieu, immense et immuable, incompréhensible, tout-puissant et ineffable », et précise : « Dieu est la plénitude de l’être et de toute perfection, sans origine est sans fin. »[20] De telles affirmations traditionnelles mais déconnectées du processus de leur production donnent l'impression que notre langage peut « définir » Dieu, c'est-à-dire l'enfermer dans un cadre conceptuel qui le réduit à notre dimension humaine. Ces affirmations ont produit ce que le théologien Joseph Moingt a appelé le « bien-connu » de Dieu.[21] Or tous les grands théologiens et tous les grands mystiques n'ont cessé de mettre en garde contre cette erreur de perspective. Tout ce que nous affirmons positivement de Dieu doit être immédiatement critiqué. « Le fait même d'exister tel que nous le connaissons, nous l’écartons de Dieu ;  alors l’esprit reste dans une espèce de ténèbre d'ignorance. C’est avec cette ignorance propre à un être en route que nous sommes le mieux unis à Dieu »[22]. Ainsi cet hymne du Livre des Heures: « Ô toi l'au-delà de tout, n'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ? Aucun mot ne t'exprime… »[23]

Dans la Bible la révélation de Dieu ne porte pas sur ce qu'il est en lui-même, comme sur un objet. C'est une personne, un sujet, qui se dévoile dans une relation entre un JE et un TU. Connaître Dieu c’est accepter d'entrer dans une relation d'alliance entre partenaires au risque de l'inconnu. Dans le récit du Buisson ardent Moïse perçoit que Dieu se fait connaître par les relations qu'il a nouées dans le passé : «Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, d’Isaac, de Jacob. » et en même temps par une promesse d’avenir : « Je suis qui je serai » c'est-à-dire : « je suis avec vous de la manière que vous verrez ; je suis proche de vous et j'agirai pour vous. »[24] À partir de là les croyants vont pouvoir relire les événements de leur vie et de l'histoire en cherchant à y discerner l'action de Dieu et la meilleure façon de vivre pour rester en relation avec lui. L'expérience vivante est donc le lieu de la rencontre réelle avec Dieu. C'est pourquoi faire des images et donc élaborer des théories sur Dieu est interdit.[25] Ce serait en faire un objet maîtrisable alors que toute relation vivante reste ouverte à l'imprévisible et encore plus la relation avec Dieu. Le Dieu de la promesse est un Dieu qui nous échappe.

  • Qu’en est-il de ce Dieu quand menace la mort ?

Comme je l'ai indiqué ci-dessus, au cours de l'histoire d'Israël, la foi dans la réalisation des promesses a été souvent déçue. L'espérance portait certes sur des bénéfices très concrets : une protection contre les dangers, une bénédiction sur les activités humaines, la victoire sur la faim, la soif, la misère et l'oppression des ennemis. Au cours de cette histoire tous les malheurs du peuple ont été interprétés comme des « jugements de Dieu » c'est-à-dire comme la conséquence logique des refus de vivre selon la Loi (la Torah).[26] Mais peu à peu une  question est devenue lancinante pour les croyants. Qu'en est-il du fait que les justes eux-mêmes semblent privés de la protection de Dieu ? Nous avons là toute la démarche du livre  de Job. Finalement il n'y a pas d'explication pour la souffrance des innocents. D'autre part la mort est de plus en plus clairement perçue, non comme la limite naturelle et normale de la vie mais comme une exclusion de la promesse, exclusion scandaleuse quand elle frappe des hommes jeunes qui ont sacrifié leur vie par fidélité à leur foi. C'est pourquoi la foi maintenue en un Dieu libérateur, en un Dieu des vivants, va amener à concevoir que la promesse de Dieu ne peut pas être limitée par la mort. Peu à peu la dynamique de l'espérance va dégager l'horizon de la condition humaine mortelle et de la finitude. « L'intensification de la foi en la promesse atteint un seuil de passage radical dans la mise en question de la mort. »[27] Pour les prophètes de l'âge classique cette promesse de vie va se réaliser dans l'histoire. S'ils parlent de résurrection c'est qu'ils envisagent la résurrection du peuple juif après les déportations en Assyrie en 722 et à Babylone en 587 av. J.C.[28] Mais à partir de 160 av. J.C, pour certains groupes juifs (les Hassidim) c'est l'espérance d'une résurrection personnelle qui paraît seule cohérente avec la promesse du salut de Dieu. Cette perspective radicale de victoire sur la mort au-delà du temps de la vie terrestre conduit à envisager dans le même mouvement une transformation totale de l'univers, la fin du temps historique. Ce bouleversement sera exprimé dans les apocalypses[29] qui, en langage imagé, sont des révélations de la transformation finale du monde et de la victoire des justes sur toutes les forces de destruction, les injustes étant voués à l'anéantissement

  1. 4. Jésus, la résurrection et le Royaume de Dieu

Actuellement nous nous préparons à célébrer Noël et tous les textes liturgiques présentent la naissance de Jésus comme l'accomplissement inattendu de la promesse de Dieu. Cet enfant, c'est l’Emmanuel, « Dieu avec nous ». Alors n'avons-nous plus rien à attendre ? Dans les récits évangéliques nous entendons Jésus proclamer que le Royaume est là, tout proche, parmi nous et même en nous. Mais les signes qui en sont donnés, œuvres de puissance et guérisons, ne sont pas sans ambiguïté. Ils demandent à être interprétés et aucune interprétation n'exclut toutes les autres. Après la mort de Jésus de nombreux témoins confessent l'avoir rencontré vivant, ressuscité, mais ils ne peuvent fournir des preuves de cette résurrection. Alors comment parler de la réalisation de la promesse inscrite au cœur de l'histoire du peuple juif en un temps où la violence sous des formes diverses continue à détruire les êtres humains et où la souffrance et la mort frappent nos proches et nous-mêmes. N’y a-t-il pas illusion ou hypocrisie dans la proclamation par les chrétiens d’une espérance dont la réalisation semble bien lointaine ? La prière, sans cesse répétée « Que Ton Règne vienne » n’est-elle pas totalement inefficace ?

  • Le différé des promesses

Depuis la naissance de Jésus rien ne semble avoir changé dans l'histoire du monde. En fait c'est la nature de l'espérance croyante qui a changé. Le message chrétien né du mystère pascal transforme profondément ce qui était attendu dans le Premier Testament. L'exigence est celle d'une conversion difficile du désir d'être comblé de tout, tout de suite, selon nos perspectives propres. L'impatience est compréhensible. Saint Paul a réagi fermement contre les chrétiens qui ne voulaient plus travailler[30] et la deuxième lettre de saint Pierre se fait l'écho, vers 125, des déceptions des toutes premières générations chrétiennes. Ils disent : « Tout est toujours pareil ». La lettre de Pierre explique alors que le Seigneur fait preuve de patience : « pour Lui mille ans sont comme un jour » parce qu'il veut que tous parviennent à la conversion.[31] On le sait, dans les évangiles, la fréquence des appels à la vigilance est grande. Nous ne connaissons ni le Jour, ni l'Heure, ni le Comment de la pleine réalisation du règne de Dieu. Les Églises n'ont pas les moyens de préjuger la façon dont le Christ unifiera toutes les divisions qui fragmentent, et l'humanité, et le christianisme lui-même, et qui sont sources de violence. « Dépositaires de la Promesse d’une réconciliation inouïe de l’humanité avec elle-même, elles ne disposent d’aucun pouvoir pour la mettre en œuvre. »[32] L'espérance chrétienne a des contours flous. Comme l'écrit saint Augustin : « Lorsque dans notre prière nous réclamons la paix nous ne savons pas bien ce que nous cherchons ni ce que nous pouvons demander. »[33]Mais alors qu'en est-il de cette promesse dont la réalisation est sans cesse différée et qui pourtant demeure encore et toujours source d'espérance ?

  • Espérer l’inespéré

Le théologien Christian Duquoc écrit : « L’agnosticisme à l’égard d’un horizon commun aux mouvements différenciés de l'histoire, aux divisions des religions, à l'errance inachevée du cosmos, conduit non pas à désespérer de la promesse active du Christ mais à entendre autrement sa promesse. »[34] Le terme de l’espérance chrétienne  n'est pas une cité radieuse à la mesure où à la démesure de notre imagination, mais une présence, la présence secrète de Dieu, l'assurance de son souci pour chacun. La Promesse est indicible mais elle dénonce comme provisoire tout ce qui est force de destruction et conduit à la mort. Il s'agit donc de passer d'espoirs illusoires à une espérance lucide, c'est-à-dire un accueil dans la confiance de l'inattendu et donc de « l’inespéré ». L'accomplissement réalisé en Jésus, mort et ressuscité, est tel qu'il fait surgir sans cesse pour nous du neuf. Au-delà de tous les bonheurs que j'attends légitimement il y a de l'imprévu : peut-être que rien de cela ne se réalisera mais ce qui compte en définitive c'est la parole même de promesse, c'est-à-dire la relation qui est seule importante et qui est confiance toujours et malgré tout. Le terme de l'espérance chrétienne  c'est la plénitude de la relation à cet Autre que nous appelons Dieu. Il se donne gratuitement à nous de façon tellement autre que ce que nous attendons de Lui qu'on peut l'appeler « l'inespéré ». « L’inespéré se love ainsi au cœur du mouvement qui nous fait accueillir Dieu comme un don ».[35]C'est pourquoi quand Jésus annonce la proximité du Royaume de Dieu, les figures de ce Royaume que nous nous fabriquons sont toujours à contester. Contrairement à ce que l'on dit trop souvent, en particulier dans les prières universelles de la messe, nous ne construisons pas un royaume dont nous connaîtrions les plans. Le Royaume est un don gratuit. Simplement quelques signes nous en sont donnés mais ils sont toujours ambigus et demandent à être interprétés. Nous-mêmes, nous sommes appelés à donner, par notre vie,  des signes de ce  royaume. L'espérance chrétienne est immense dans sa visée mais doit rester modeste dans ses affirmations.

  1. 5. L’Église, Peuple de Dieu, germe d’espérance

Les plus anciens parmi nous se souviennent peut-être de cette chanson du père Duval qui eut beaucoup de succès à l'époque : « Tout au long des longues, longues,  plaines, peuple immense avance lentement… ». L'Église comme Peuple en marche. C’était avant Vatican II qui utilisera ce concept comme central pour dire ce qu'est l'Église, une Église Peuple de Dieu. Pour le concile, les frontières de ce peuple ne sont pas fermées et la présence de Dieu peut se réaliser pour tous les hommes de tous les temps et par toute la terre. Tous peuvent en faire partie explicitement ou avoir avec lui un lien réel. D'où cette déclaration capitale des pères conciliaires : « Nous devons tenir que l'Esprit Saint accorde à tout homme par des moyens que Dieu connaît la possibilité d'être associé au mystère pascal ».[36] A partir de là, la mission de l'Église, l'évangélisation, ne peut plus être comprise comme autrefois. Il semblait alors urgent de baptiser le plus grand nombre de « païens » pour les sauver de l'enfer. Vatican II amène donc à repenser en profondeur le pourquoi et le comment de l'évangélisation.[37]

  • L’urgence de l’évangélisation : les risques de désespoir

 

L’urgence de l'évangélisation n'est pas moindre aujourd'hui qu'hier. Dans la Constitution sur l’Église le concile insiste sur le fait que l'humanité est toujours en risque de se laisser aller à l’idolâtrie et de succomber au désespoir qui en est la conséquence.[38] Il nous est facile de repérer quelles sont aujourd’hui les principales idoles de notre société et les effets catastrophiques de leur influence.  D’où l'importance pour les chrétiens d'être dans le monde comme des lumières sur les routes humaines. La mission de l'Église est la suivante : « Ce peuple messianique bien qu'il n'englobe pas en fait tous les hommes et que plus d’une fois il apparaisse comme un tout petit troupeau, est cependant pour tout le genre humain, un germe très puissant d’unité, d'espérance et de salut. »[39] L’urgence pour l'Église consiste donc, prioritairement, à redonner de l’espoir là où il y a, pour quelque raison que ce soit, risque de désespoir  et du même coup à rendre compte de  l'espérance qui l’habite.

  • Comment manifester l’amour de Dieu, source d’espérance ?

Il n’y a d’autre possibilité pour les chrétiens d’être porteurs d’espérance qu’en manifestant l’amour de Dieu à tous. Tel est l’objectif de toute activité missionnaire.[40] N’est-ce pas vital pour tout être humain de se découvrir aimé, de se savoir unique et irremplaçable pour un Dieu qui aime chacun d'un amour gratuit et inconditionnel. Sur ce principe tout le monde est d'accord mais comment faire ? Combien de parents ne regrettent-t-ils pas de n'avoir pas réussi à faire découvrir à leurs enfants leur propre conviction d'être aimés de Dieu et le bonheur qu'il y a à suivre Jésus-Christ ? On voit bien qu’il n’y a pas de mécanisme efficace pour donner accès à la foi chrétienne et les recherches actuelles de recettes inspirées du marketing se révèlent assez vite dérisoires. Heureusement le texte conciliaire sur la mission n’en est pas resté à des affirmations de principe. Il précise ce que doit être le processus d’évangélisation. Cinq étapes sont indispensables à respecter.[41]

  1. D’abord, d'entrer « en conversation » avec les hommes de même que Dieu lui-même a voulu entrer en conversation avec nous, d’abord par les prophètes et enfin par son Fils, venu en notre chair. Cela suppose du temps et de la patience pour faire l'apprentissage de la langue et de la culture des autres et pour se familiariser avec leurs modes de pensée, y compris en France où existe une très grande fragmentation culturelle.
  2. Puis, et c’est essentiel, il s'agit de se mettre gratuitement au service de la dignité et du bonheur des autres sans chercher à en tirer, ni pour l'institution ecclésiale, ni pour soi-même profit ou reconnaissance. Le Christ a manifesté gratuitement l’amour de son Père en remettant debout les hommes et les femmes qu'il rencontrait. Il n’a jamais profité d’une guérison pour recruter un disciple.[42]
  3. La gratuité du service rendu se vérifie dans le respect absolu de la liberté personnelle. Il n'y a pas sans cela d'évangélisation véritable. Tout prosélytisme est incompatible avec la démarche d’évangélisation.  L'affirmation de la valeur de la liberté religieuse et  de la liberté de conscience personnelle qui en est inséparable, a été centrale à Vatican II. C'est sur ce point que s’est finalement décidé le schisme de Mgr Lefèvre. C’est pourquoi toute tentative de manipulation ou de séduction, tout chantage à la générosité sont intolérables et tout spécialement quand on s’adresse à des personnes en situation de fragilité.[43]
  4. Il faut alors se rappeler que seul Dieu convertit. Nous n’avons pas à préjuger des modalités de l’action de Dieu en chacun. C’est toujours Lui et Lui seul qui peut ouvrir un cœur à l’annonce évangélique.
  5. Alors, mais alors seulement,  le chrétien peut rendre compte de l’espérance qui est en lui, exprimer son témoignage, proposer la foi chrétienne pourvu que ce soit de façon audible et crédible. D’où l’exigence de formation chrétienne personnelle continue à tout âge car il faut sans cesse inventer et réinventer « les mots pour le dire » en fidélité au témoignage des disciples de Jésus.

Un exemple récent et très fort de ce que devrait toujours être la mission de l’Église nous a été donné par les moines de Tibhirine. Leur présence d’amitié fidèle maintenue malgré la guerre civile algérienne, le service gratuit rendu à la population dans laquelle ils étaient insérés, le refus de tout prosélytisme et cela jusqu’au don de leur vie, voilà le modèle de toute évangélisation.[44]

 

 

Conclusion

Ce que je vous ai proposé c'est de faire un bout de route. C'est un parcours dans lequel chacun devrait pouvoir se retrouver à un moment ou un autre. Le long cheminement du peuple d'Israël peut nous aider à déchiffrer nos propres cheminements, avec nos peurs, nos doutes et nos révoltes. Avec la Résurrection du Christ inséparable de la Croix, nous pouvons  percevoir que l'objet de notre attente se trouve en quelque sorte caché dans cet événement qui a pris place au cœur de notre histoire et qui lui donne du sens.[45] Mais du même coup notre espérance ne peut s'arrêter à aucune réalité que nous puissions imaginer. Notre espérance est celle d'une rencontre totalement gratuite, inespérée. Les Pères grecs ont osé employer le mot « divinisation » pour exprimer ce à quoi nous prédestine notre création à l'image de Dieu. Selon l’évêque Grégoire de Nysse nous n'en avons pas fini avec le nomadisme. Pour lui, même dans le monde à venir, « nous irons de commencement en commencement par des commencements qui n'auront jamais de fin. »[46] Mais notre horizon est illuminé par la 1° lettre de saint Jean : « Lorsqu'il paraîtra, nous  lui serons semblables par ce que nous le verrons tel qu'il est. »[47] C’est cela la folie chrétienne ! « Sans l’excès immanent à l'espérance, le monde demeurera inerte et vide. Ni la logique objective de l’accumulation, ni la peur n’engendrent l’avenir. Seule une folie créatrice le suscite.[…] Pour nos sociétés vieillissantes transies de peur le chemin de la sagesse ne saurait se séparer de la nécessité de l’excès et de la folie dont l'espérance est témoin. »[48]

 

 

Jean Peycelon

Ancien directeur de l’Institut Pastoral d’Etudes Religieuses

Université catholique de Lyon

 

 

ANNEXE : Le vocabulaire de l’espérance

 

Les mots « espérance » et « espoir » sont très proches dans le langage courant. Employés au pluriel ils désignent en général des « objets » de désir ou d’attente précis et concrets. L’espérance a une connotation plus indéterminée, plus « religieuse »

 

Pour le dictionnaire Petit Robert (1978) : L’espérance est un sentiment qui fait concevoir comme probable la réalisation de ce qu’on désire.

 

Pour le Catéchisme national (1947) question 305 : « L’espérance est une vertu surnaturelle par laquelle nous attendons avec une ferme confiance la grâce de Dieu en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre. »

 

Pour le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1992) n°1817 : « L’espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la vie éternelle en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui non pas sur nos forces mais sur le secours et la grâce du Saint-Esprit. »

 

Cet exposé doit beaucoup au maître-livre du théologien luthérien Jürgen MOLTMANN : Théologie de l’espérance (8° édition 1969), éditions du Cerf 1983, 420 p. Pour tout ce qui relève du Premier Testament,  je me réfère entre autres, à  Armand ABÉCASSIS : La pensée juive, 4 volumes, éd. Le Livre de Poche-Biblio –Essais, 1987/1996. Je renvoie aussi à l’excellent dossier de la revue Lumière et Vie, n°219/ septembre 1994, « L’espérance » dont plusieurs articles m’ont inspiré.

Et bien sûr il faut relire Le porche de la deuxième vertu de Charles Péguy (1911) pour regarder jouer la petite fille Espérance !

 

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[1] La France à travers ses valeurs, Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia (dir.) Armand Colin 2009, 320 p.

[2] En 1973, un couple de militants communistes, scientifiques de haut niveau, m’affirmait sans rire que la réalisation du Programme commun de la gauche règlerait tous les problèmes de solitude dans les grandes villes !

[3] Ernst Bloch (1885-1977)  philosophe marxiste mais opposé au stalinisme, a commencé cet ouvrage monumental en 1938  et l’a achevé en 1959. Les théologiens allemands et en particulier Jürgen Moltmann lui ont reconnu une grande importance.

[4] Frédéric Gros : Le Principe sécurité, Gallimard 2012, 304 p.

[5] 1 Co 15,32

[6] Hédonisme : doctrine philosophique grecque pour laquelle la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir constituent l’objectif de l’existence humaine

[7] Michel Onfray Traité d’athéologie, Grasset 2005,  p. 95 et 262

[8] Je résume brièvement la position de ce philosophe très médiatique à partir de son ouvrage L’amour la solitude, éditions Paroles d’Aube 1995, et tout spécialement du chapitre  « De l’autre côté du désespoir », Entretien avec Patrick Vighetti, p.7-51

[9] Op.cit. p.38

[10] Le mythe de Sisyphe, Pléiade 1965, p.198

[11] Voir sur ce sujet le dossier très bien documenté de la revue Lumière et Vie n° 193/août 1989 : « Bouddhismes en Occident » et les mises au point de Dennis Gira dans Le Lotus ou la Croix. Les raisons d’un choix, Bayard 2003, 156 p.

[12] Pour le vocabulaire de l’espérance voir les précisions données en annexe en fin à la fin de ce document.

[13]Pour tout ce développement je m’appuie sur l’ouvrage de Jürgen Moltmann, Théologie de l’espérance. Etudes sur les fondements et les conséquences de l’eschatologie chrétienne, 8° édition allemande 1969, traduction française par Françoise et Jean-Pierre Thevenaz 1970, Cerf 1983, 420 p. et tout spécialement sur les pages 102-120.

[14] J’emprunte ce sous-titre au philosophe Armand Abécassis auteur de La pensée juive, 4 tomes, éd. Le Livre de Poche, Biblio Essais, parution de 1987 à 1996

[15] Ex 12,13

[16] Armand Abecassis, op.cit. tome 1, p.110

[17] Ex 3,1- 4,17

[18] Moltmann, op.cit., p.106

[19] Catéchisme national à l’usage des diocèses de France, Tardy 1947, questions 12 et 13. La question elle-même pose problème puisque Dieu est traité comme un objet (et non comme une personne : on s’attendrait à trouver «  Qui est Dieu ? » plutôt que « Qu’est-ce que Dieu ?

[20] Catéchisme de l’Eglise catholique, 1992, n° 202 et 213

[21] Joseph Moingt, Dieu qui vient à l’homme. Tome I Du deuil au dévoilement de Dieu, Cerf 2002, 560 p. (voir p.259-278)

[22]Thomas d’Aquin, Sent.Dist. VIII,q.1 cité par Maurice Bellet  Si je dis Credo, Bayard 2012, p.53

[23] Poème attribué à l’évêque saint Grégoire de Nazianze (329-390)

[24] Ex 3, 14. Voir sur ce verset le commentaire de la Bible TOB, édition 2010.

[25] Ex 20, 4 et Dt 4, 15-20

[26] Dt 30, 15 ss : « Voici je mets devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur… Tu choisiras la vie pour que tu vives. »

[27] Moltmann, op.cit. p.142

[28]Aujourd'hui encore, la naissance de l’Etat d’Israël après Auschwitz est comprise comme une résurrection. Cf. Abécassis, op.cit. tome 4, p.135

[29] Les « apocalypses » se présentent comme des révélations surnaturelles sur la fin des  temps et un autre monde à venir.  C’est un genre littéraire très fréquent dans le judaïsme à partir du III° siècle av. J.C. Dans le Nouveau Testament nous trouvons non seulement l’Apocalypse de Jean mais aussi de petites apocalypses dans les évangiles, par exemple Mt 24, 1-35.

[30] 2 Th 3, 6-12

[31] 2 P 3

[32] Christian Duquoc « Progrès et espérance » dans Lumière et Vie n°219 / septembre 1994, p.30

[33] Cité par Christian Duquoc dans L’unique Christ. La symphonie différée, Cerf 2002, p.243

[34] Christian Duquoc ibid. p.254

[35] Sylvie Robert : « Dieu inattendu et inespéré : objet de l’espérance chrétienne » dans Lumière et Vie n° 219 / septembre 1994, p.63. Ma réflexion personnelle doit beaucoup à cet article.

[36] Constitution Gaudium et spes 22,5

[37] Et la réflexion continue ! Le tout dernier Synode des évêques qui vient de se tenir à Rome portait sur la « nouvelle évangélisation », terme un peu flou. En effet, tout homme qui naît en ce monde n’est-il pas une terre nouvelle à évangéliser quel que soit le lieu de sa naissance ?

[38] Constitution Lumen gentium 2, 16-17

[39] Ibid. 2,9

[40] Décret Ad gentes 2,10

[41] Ibid. 2,10-15

[42] L’Eglise de France a lancé l’opération Diaconia (= service) pour faire redécouvrir aux chrétiens l’importance du service gratuit comme essentiel : « servir » c’est évangéliser !

[43] Voir aussi le Décret sur la liberté religieuse Dignitatis humanae 1,4

[44] Peu après la mort des moines j’ai entendu Mgr Teissier, archevêque d’Alger,  faire part d’une lettre reçue d’une jeune femme musulmane. Elle suppliait les chrétiens de ne pas quitter l’Algérie car pour elle leur présence d’amitié était essentielle pour échapper au désespoir.

[45] Cf. Moltmann op.cit. p.241

[46] Grégoire de Nysse (331-394) est célèbre par son œuvre théologique et exégétique.

[47] 1 Jn 3,2

[48] Christian Duquoc, art.cit. p.31-32