Edito de Septembre 2020

L'espérance est un droit et un devoir.

Voici un an, si on nous avait annoncé que nous aurions bientôt tous l'obligation de porter un masque en tissu sur le visage pour circuler dans l'espace public, nous ne l'aurions pas cru ! L'existence est ainsi faite de surprises, plus ou moins bonnes, plus ou moins mauvaises.

Surtout, dans la vie des sociétés comme dans nos vies, il y a des tournants, des moments où des évolutions brutales se produisent, qui nous amènent parfois à des changements radicaux. Le coronavirus Covid-19 qui a surgi voici quelques mois dans l'histoire de notre humanité, même s'il s'avère bien moins terrible, au plan sanitaire, que d'autres pandémies précédentes (telles la « grippe espagnole » de la fin de la Première guerre mondiale), aura réussi, en quelques mois, à perturber la vie de toutes les sociétés de la Planète, mettant en péril les économies des pays plus encore que la santé des gens. En cela, il représente une révolution, dont nous sommes incapables aujourd'hui de déterminer autant les causes que les conséquences à venir. Ce qui est certain : le monde « d'après » la Covid-19 ne sera jamais plus le monde de « l'avant » la Covid-19.

Et probablement que si cette crise sanitaire est survenue, c'est parce que le monde était arrivé à un moment de son histoire où, pour plusieurs raisons difficiles à identifier avec certitude, le fonctionnement « d'avant » n'était plus possible. Une crise de cette ampleur, en effet, ne peut être que le révélateur de maladies bien plus profondes : destruction des équilibres naturels, inégalités économiques, effondrement des systèmes de valeurs, etc. Et ce qui nous apparaît comme un malheur – c'en est un, en effet – est peut-être aussi un avertisseur salutaire pour nous éviter des malheurs à venir plus grands (telles les conséquences, pour l'ensemble de l'humanité, du réchauffement climatique).

Mais les hommes, (nous compris évidemment !), les dirigeants du monde, sauront-ils entendre l'avertissement ? Sauront-ils, comme on dit dans le langage religieux, « se convertir » ? Nous serions dans un monde davantage marqué par la culture biblique, ce coronavirus Covid-19 aurait pu être baptisé « Jonas », du nom du prophète de Ninive ! Nous autres chrétiens, que pouvons-nous faire, que devons-nous faire ? Avec cette révolution de la Covid-19, la vie de l'Eglise, aussi, est bouleversée, et « l'Eglise d'après coronavirus » ne pourra être que différente de « l'Eglise d'avant coronavirus ». Mais que sera-t-elle exactement ? Il est tout aussi difficile de le prévoir que d'envisager ce que va devenir le monde dans sa totalité dans les années qui viennent. Peut-être, cependant, les membres de l'Eglise catholique ont-ils une chance supplémentaire : celle offerte par le pape François avec son encyclique – ô combien prophétique ! – « Laudato si' » du 24 mai 2015. Une encyclique qui encourage à la responsabilité quant à la Sauvegarde de la Création. Être chrétien, ce n'est pas être « hors monde » mais « dans le monde » (logique de l'Incarnation). Ce n'est pas chercher d'abord à « sauver sa peau » égoïstement, mais chercher à être « au service » de l'humanité (le signe du Lavement des pieds). Nous devons être de ceux qui ne renoncent pas à inventer et à réinventer le monde (la promesse du Royaume des Cieux en marche). Nous devons être de ceux qui témoignent que l'espérance est à la fois un droit et un devoir. Christian Delorme