Partage pour un jour de Pâques en temps de pandémie

Bien Chers ( et Bien Chères! ),

Ce dimanche de Pâques, à 6h30 ( le coq avait sans doute déjà chanté? ), une amie éplorée m'appelle au téléphone. Elle m'annonce le décès de sa maman dans un ephad d'Alsace. Quand bien même elle se dit d'ordinaire "pas croyante", elle me demande de prier pour sa mère, et je lui promets, bien entendu, de le faire à la messe que je célèbrerai à 10h.
Un quart d'heure plus tard, elle me téléphone à nouveau. Il y a eu une confusion à l'ephad: ce n'est pas sa mère mais la voisine de chambre de celle-ci qui est morte! Doit-elle pleurer encore, de colère cette fois? Doit-elle rire?
Cette histoire assez ahurissante, je la lis comme une parabole. N'est-ce pas ce que nous vivons en ce jour de fête qui reste un jour d'anxiété de temps de pandémie: un mélange de crainte et de joie, de chagrin et d'espérance?
La répétition liturgique, chaque année, des grands évènements de la vie de Jésus, de sa naissance à sa mort et à sa résurrection, est destinée à nous faire revivre ceux-ci très personnellement, mais aussi en communauté car, baptisés, nous sommes tous le membres du seul Corps du Christ. 
Aujourd'hui, nous sommes Marie de Magdala qui se rend au tombeau. Elle est folle de douleur. Elle n'a pas pu dormir tant les scènes violentes de la Passion de Jésus, sa crucifixion, son agonie, sa mort lui reviennent toutes à l'esprit par vagues déferlantes en chaque instant. Elle est pareillement inconsolable: on lui a arraché le seul homme qui l'ait jamais vraiment aimée, jamais vraiment respectée. On lui a pris son libérateur, son sauveur! Il faut qu'elle aille tout de suite au tombeau, maintenant que le jour se lève! Il faut qu'elle se rapproche du bien aimé, même s'il s'agit désormais d'un corps sans vie enfermé dans une grotte! Impossible d'accepter la séparation! Impossible de se détacher de lui! Impossible de continuer à vivre sans lui? 
Nous sommes aussi Simon-Pierre et Jean, que Marie de Magdala est venue alerter après avoir trouvé la pierre du tombeau roulée. Simon-Pierre qui, lui également, comme Jean aussi évidemment, est hanté par les images de la Passion de son maître et ami, et qui, en plus, ne peut se pardonner d'avoir été si poltron, si lâche, au moment du procès de celui-ci. Les deux disciples courent vers le sépulcre. Quelle histoire invraisemblable Marie ne leur a-t-elle pas racontée? Jean va plus vite. Par respect pour son aîné, une fois arrivé devant le tombeau ouvert, il se met en retrait. Simon-Pierre entre, et ne peut que constater que le corps de Jésus n'est plus là. Jean, quant à lui, comprend tout de suite, en voyant les linges pliés et le corps absent, que Jésus a vaincu la mort comme il l'avait annoncé. 
Chacun(e) d'entre nous porte en lui ces trois personnages. 
Depuis longtemps nous cheminons avec le Christ Jésus. Nous savons bien tout ce qu'il nous a apporté au cours des ans comme consolation, libération, paix, force, joie. Souvent, vis à vis de lui, nous restons comme des amoureux pris par le doute: m'aime-t-il vraiment? Et moi, est-ce que je l'aime? D'ailleurs, c'est quoi l'amour? Et c'est quoi la vie? Comme la Madeleine, nous cherchons la fusion au Christ. Nous voudrions être tout à lui et qu'il soit tout à nous! Mais sans cesse il semble nous échapper. Et nous savons bien, pareillement, que nous lui échappons souvent. Où le trouver encore? Dans quel tombeau? Dans quelle église? Dans quelle Galilée? En compagnie de qui? 
Parfois notre foi parait solide comme du béton. Il nous semble que nous sommes capables de tout donner pour le Christ et pour l'humanité! Mais ces moments sont de courte durée. Comme chez Simon-Pierre, il y a en nous du héros chrétien et du poltron chrétien! Et, la plupart du temps, nous ne comprenons pas grand chose à ce qui se passe. De temps en temps, cependant, des évidences s'imposent à nous, comme des fulgurances, et nous voyons l'invisible à la manière de Jean! Foi et doute s'entremêlent. Enthousiasme et découragement ne cessent de nous traverser alternativement et, parfois, en même temps! 
Les récits évangéliques, même s'ils comportent des éléments rédactionnels qui relèvent du merveilleux, ne trichent pas avec la réalité de l'homme. Les jours qui suivront la découverte du tombeau vide, Simon Pierre et Jean ( et probablement Marie de Magdala et les autres femmes de leur troupe de disciples ) seront enfermés quelque part dans une maison de Jérusalem, ayant peur des persécutions et ne parvenant pas à croire ce que Jésus leur avait enseigné quant à la nécessité de sa mort et quant à la promesse de sa résurrection. Jean qui "a vu" aura encore des moments... où il ne verra plus rien! 
Nous voilà comme quelques uns d'entre eux ( et d'entre elles ) devant le tombeau. Le coeur n'est pas à la joie. Voici plus d'un mois que nous vivons sous la menace de la pandémie du coronavirus covid-19, et presque un mois que nous sommes "confinés". Nous sommes séparés de beaucoup de ceux et de celles que nous aimons. Nous sommes limités dans nos déplacements et dans nos possibilités d'agir. Des proches sont malades, parfois morts et inhumés ou incinérés promptement. Nous nous sentons terriblement fragiles. Qui d'entre nous "sera pris", qui d'entre nous "sera laissé"? Dans quinze jours, qui sera encore là, qui n'y sera plus? Comment, dès lors, chanter spontanément "Alleluia" en ce jour de mémoire de la Pâque de Jésus? 
L'"Alleluia" que nous pouvons chanter, c'est celui de tout être qui se sait aimé par cette autre personne qu'il aime aussi, quelles que soient les circonstances. C'est celui du prisonnier qui se laisse réchauffer le coeur en voyant l'araignée tisser sa toile dans se cellule. C'est celui du malade, voire de l'agonisant, qui accueille avec gratitude le geste de soin ou de tendresse qui lui est offert. C'est celui de l'homme qui reste capable de s'asseoir et de contempler le coucher du soleil. C'est celui du passant qu'illumine soudain le sourire d'un enfant, ou le spectacle de jeunes amoureux qui s'enlacent. C'est celui de l'homme ou de la femme qui a lutté pour que ses enfants grandissent bien, et qui a le coeur en paix en prenant acte du résultat. C'est celui du vieillard qui, au soir de sa vie, se souvient de tout ce qu'il a vécu de beau et se montre capable de relativiser ce qu'il a souffert, ce qui l'a blessé, ce qu'il a raté. C'est celui du combattant des causes justes qui ne se prend pas pour le messie et qui ne doute pas que d'autres après lui lutteront comme d'autres avant lui ont lutté. C'est celui qui est capable de se mettre à genoux devant une croix et qui laisse échapper de son coeur le cri "Mon Seigneur et mon Dieu"! 
Je joins à ce discours déjà trop long trois photos que j'ai prises ces dernières 48 h. Deux d'entre elles ont été faites, vous l'aurez reconnu tout de suite, dans l'église Saint-Romain de Cuire, la troisième chez moi. Je ne suis pas parvenu à les mettre dans l'ordre que j'aurais aimé, mais cela n'a pas grande importance! 
IMG 7119Il y a d'abord une photo de l'autel, qui, le Vendredi Saint, a été dépouillé de tout linge, de toute fleur, de toute bougie. On voit... trois croix, qui toutes font référence à la Croix de Jésus, mais rien n'empêche de penser aussi aux croix des deux hommes qui ont été crucifiés aux côtés de Jésus... et à toutes les croix et à tous les crucifiés du monde. Celle qui se trouve au centre de l'autel est peu visible, mais cela n'est pas grave non plus. L'autel de béton ressemble vraiment à un tombeau, ce qui n'a rien de surprenant puisque c'est l'une des significations des autels de nos églises: le rappel du tombeau de Jésus. Surtout, la lumière naturelle extérieure, après s'être chargée des chaudes couleurs d'un vitrail, vient tendrement illuminer l'ensemble. La lumière de la Création, la même que celle de la Résurrection, est là qui, déjà, transforme une scène de désolation en paysage d'espérance.
IMG 7120La photo du centre peut surprendre. Qu'est-ce ce visage lunaire qui pleure et dont les yeux bleu sombre sont habités de visages qui s'y reflètent? Il s'agit d'une peinture allégorique d'un architecte membre du mouvement des Focolari, Michel Pochet, que l'artiste a intitulée "Dieu qui pleure". Vendredi, j'ai lu sur Internet la prédication, à destination du pape, du prédicateur de la Maison pontificale, le père Rainero Cantalamessa ( un patronyme qui ne s'invente pas! ). Il a dit: "Dieu pleure le fléau qui tombe sur nous", écartant ce maudit discours que certains tiennent selon lequel la pandémie du coronavirus serait un châtiment divin! Si Dieu pleurait vendredi, il pleure encore dimanche et pleurera lundi... La Résurrection a lieu au coeur des tragédies du monde, elle ne les remplace pas. Et la joie pascale, la certitude que, oui, il est bien ressuscité celui avait été crucifié, n'empêche pas que nous pleurons encore. J'ai toujours pensé que Marie jusqu'à son dernier jour n'a jamais pu oublier les souffrances et l'agonie de son fils, et que jusqu'à son dernier souffle elle a eu mal chaque fois que ce souvenir revenait. 
IMG 7121Quant à la troisième photo, elle a été prise ce dimanche de Pâques. Je n'avais pas voulu éclairer les lustres pour célébrer la résurrection, préférant la seule lumière douce, plus juste, plus vraie, et, à mon avis, plus respectueuse des temps que nous vivons. Le tombeau est toujours là. Mais le cierge pascal et les autres cierges et lumignons nous disent que, de celui-ci la lumière a jailli. Et que de nos coeurs tristes, dès lors, peuvent surgir des "Alleluia"! 
Ces jours, nous avons prié les uns pour les autres et aux intentions du monde. Vous avez prié pour moi et j'ai prié pour vous. Continuons! C'est la prière qui sauvera le monde, non pas parce que Dieu ferait la comptabilité des "Notre Père" ou des chapelets récités ( quelle offense faite à Dieu et à Marie que de les prendre pour des comptables mesquins! ), mais parce que, quand il s'agit de prière, c'est-à-dire d'offrande et de relation, on est dans l'Amour.
Dieu vous garde et vous bénisse, vous et les vôtres!
Christian DELORME

Père Sandro Petrizzelli curé de Saint-Clair

« Par cette lettre je m’adresse à vous par ces temps troublés où l’humanité ainsi que chacun de nous sommes accablés par cette pandémie due au Covid 19.

Nous sommes tous confinés et cela nous est tombé dessus soudainement. Pour cela ces jours de difficulté nous obligent à réfléchir, à nous poser des questions - beaucoup de questions - surtout étant croyants, des questions de Foi. En ce cas le premier mis en cause c’est le Seigneur lui – même. Pourquoi Seigneur ?  Réponds - nous ! C’est dans sa parole qu’on peut trouver la réponse, Parole que nous écoutons chaque dimanche, mais peut - être sans beaucoup d’attention.

Je profite de cette circonstance pour m’adresser à chacun de vous qui avez interrogé le Seigneur, pour vous aider  à trouver ensemble des réponses dans la foi de l’Eglise, que nous professons chaque dimanche. Cette foi doit nous aider à vivre ce moment avec espérance. Celle-ci est ma première mission comme curé, à savoir aider chacun de vous dans la Foi afin que personne ne puisse tomber dans le découragement, pire encore dans une crise spirituelle et ensuite manquer de confiance dans le Seigneur. Et donc, pourquoi, Seigneur ? Que devons – nous faire ?

 Dans la prière nous pouvons faire acte de confiance et d’abandon en Jésus. Cela nous donnera une paix même dans les soucis de la vie. C’est la seule chose qu’il nous demande. C’est à nous d’en profiter. On a tout le temps pour la prière personnelle à la maison, puisqu’on ne peut sortir nulle part. En revanche on ne peut pas accuser le Seigneur de ne rien faire.

Aujourd’hui, pendant que j’étais en train de vous écrire, une mauvaise nouvelle m’a rejoint. Un ami à moi, un prêtre de quarante ans, vient de décéder. D’autres personnes en danger de vie me demandent de prier. Vous savez la pénible situation en Italie ! Mères de familles, pères de famille qui me demandent des prières, c’est ce que j’essaie de faire pour tous. Voilà la mission d’un curé, intercéder pour tous. Dans la souffrance nous sommes à égalité. Aucune différence. Avant toute chose, se souvenir que notre vie est un don, elle est précieuse. Et ce virus tout petit  nous fait toucher du doigt que l’homme n’a aucun pouvoir face à la vie et à la mort. La vérité est que l’homme n’est pas « dieu », il voudrait l’être. L’homme est gêné qu’il y ait quelqu’un au-dessus de lui, mais il reste fragile et impuissant. Il est tiré de la poussière comme nous rappelle l’Eglise au début du carême. L’homme doit retourner à Dieu qui est l’origine et le maitre de la vie. »

Que Dieu vous bénisse et la Sainte Vierge vous garde !

 Père Sandro Petrizzelli

  Nous poursuivrons par la méditation du psaume 26, suivie de l’oraison, nous retiendrons un mot, une phrase... qui nous aura marqué et que nous pouvons écrire pour le relire les jours suivants.

 Psaume 26 (hébreu 27)

Ma lumière et mon salut

1 Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;

de qui aurais-je crainte ? *

Le Seigneur est le rempart de ma vie ;

devant qui tremblerais-je ?

2 Si des méchants s’avancent contre moi

pour me déchirer, †

ce sont eux, mes ennemis, mes adversaires, *

qui perdent pied et succombent.

3 Qu’une armée se déploie devant moi,

mon coeur est sans crainte ; *

que la bataille s’engage contre moi,

je garde confiance.

4 J’ai demandé une chose au Seigneur,

la seule que je cherche : †

habiter la maison du Seigneur

tous les jours de ma vie, *

pour admirer le Seigneur dans sa beauté

et m’attacher à son temple.

5 Oui, il me réserve un lieu sûr

au jour du malheur ; †

il me cache au plus secret de sa tente,

il m’élève sur le roc. *

6 Maintenant je relève la tête

devant mes ennemis.

J’irai célébrer dans sa tente

le sacrifice d’ovation ; *

je chanterai, je fêterai le Seigneur.

______

7 Écoute, Seigneur, je t’appelle ! *

Pitié ! Réponds-moi !

8 Mon coeur m’a redit ta parole :

« Cherchez ma face. » *

9 C’est ta face, Seigneur, que je cherche :

ne me cache pas ta face.

N’écarte pas ton serviteur avec colère : *

tu restes mon secours.

Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas,

Dieu, mon salut ! *

10 Mon père et ma mère m’abandonnent ;

le Seigneur me reçoit.

11 Enseigne-moi ton chemin, Seigneur, *

conduis-moi par des routes sûres,

malgré ceux qui me guettent.

12 Ne me livre pas à la merci de l’adversaire : *

contre moi se sont levés de faux témoins

qui soufflent la violence.

13 Mais j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur

sur la terre des vivants. *

14 « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;

espère le Seigneur. »

 Oraison

Jésus, Verbe de Dieu, tu es la vraie lumière et le Sauveur du monde : avec toi, de qui aurions-nous peur ? Jésus, Christ et Seigneur, tu es vainqueur de l’Adversaire, le Père ne t’a pas abandonné : en toi, de qui aurions-nous peur ? Jésus, Fils bien aimé, tu es le Rocher véritable, tu es la route sûre prenant appui sur toi, de qui aurions-nous peur ?

En ce temps d’épidémie,

Tu es la route sûre.

 Notre Père

 Restons proches les uns des autres par la pensée et surtout par la prière, les uns pour les autres en fraternité.

Nous pouvons réciter le chapelet de Lourdes chaque jour sur RCF ou KTO à 15 h 30, dans le souvenir de notre beau pèlerinage de Relais en 2017  où nous avons reçu tant de grâces.

Prière pour la Terre

Dieu Tout-Puissant
qui es présent dans tout l’univers
et dans la plus petite de tes créatures,
Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe,
répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté.

Inonde-nous de paix, pour que nous vivions comme frères et sœurs
sans causer de dommages à personne.

Ô Dieu des pauvres,
aide-nous à secourir les abandonnés
et les oubliés de cette terre qui valent tant à Tes yeux.

Guéris nos vies,
pour que nous soyons des protecteurs du monde
et non des prédateurs,
pour que nous semions la beauté et non la pollution ni la destruction.

Touche les cœurs
de ceux qui cherchent seulement des profits aux dépens de la terre et des pauvres.

Apprends-nous à découvrir la valeur de chaque chose,
à contempler, émerveillés,
à reconnaître que nous sommes profondément unis
à toutes les créatures sur notre chemin vers Ta lumière infinie.

Merci parce que Tu es avec nous tous les jours.

Soutiens-nous, nous t’en prions, dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix.

Pape François