A+ A A-

Rencontres avec des hommes et des femmes admirables

Ces dernières semaines, j’ai été conduit à vivre deux séjours à l’étranger qui m’ont éloigné physiquement de Caluire & Cuire, d’abord en Algérie, ensuite entre Jordanie, Israël et Palestine.

En Algérie, j’étais invité par mon ami de près de trente ans, le Cheikh Khaled Bentounes, à un « Congrès international féminin pour une culture de paix » qui s’est tenu à Oran et à Mostaganem du 28 octobre au 2 novembre. Le Cheikh Bentounes est le maître spirituel de la confrérie soufie Alawiya qui rassemble plusieurs milliers de fidèles à travers le monde. Il est le représentant d’un islam de paix et d’ouverture. Ce congrès constituait un enjeu particulièrement important, dans une Algérie qui a connu une décennie noire dans les années 1990, avec une sorte de guerre civile qui a causé la mort de quelque 200 000 personnes. Environ deux mille personnes, dont au moins la moitié de femmes, ont participé à cet événement. Les conférenciers et conférencières, venus d’Algérie, d’autres pays arabes, de Turquie, d’Indonésie et d’Europe, représentaient des sensibilités différentes, ce qui a permis que se fassent entendre des paroles plurielles. Tout cela a été vécu avec beaucoup de sérénité et de respect. Plusieurs religieuses et religieux et quelques autres chrétiens d’Algérie ont assisté à ce congrès, parmi lesquels l’évêque d’Oran, le caluirard Jean-Paul Vesco, ainsi que l’ancien archevêque d’Alger, le lyonnais Henri Teissier. Avec Régine Maire, déléguée de l’archevêque de Lyon pour les relations interreligieuses, nous avons d’ailleurs eu la grande joie de pouvoir célébrer la Toussaint avec Jean-Paul Vesco et la communauté catholique d’Oran, une assemblée de quelque 300 personnes composée pour 90 % de migrants d’Afrique Noire, étudiants ou immigrés sans papier.

 

Mon séjour en Terre Sainte, du 10 au 21 novembre, aura été d’une autre nature, puisque j’accompagnais un groupe d’une trentaine de lyonnais, pour la plupart des couples de retraités, dans un pèlerinage qui nous a conduits, sur les pas des civilisations anciennes, sur ceux des patriarches et des prophètes et sur ceux du Christ, du désert du Néguev à Jérusalem, en passant par Pétra (Jordanie), la Mer Rouge, le Jourdain, la Mer Morte, la Galilée, le Lac de Tibériade, Jéricho, Naplouse et Bethléem. Notre démarche spirituelle ne s‘est pas  cantonnée, cependant, à rechercher des traces du passé. C’est un Vivant – le Christ ressuscité – que nous cherchions, et ce sont aussi les « pierres vivantes » d’aujourd’hui que nous avons tenu à rencontrer. Dans un contexte extrêmement douloureux et préoccupant, il nous a été donné, ainsi, de pouvoir entendre plusieurs beaux témoins d’humanité qui font leur possible pour réclamer la justice pour ceux qui sont niés dans leur dignité et qui sont des artisans de paix et des porteurs d’espérance. Ainsi avons-nous passé du temps avec Monseigneur Yaser Al-Ayyash, l’archevêque melkite jordanien d’Amman ; avec Violette Khoury, une pharmacienne octogénaire, chrétienne palestinienne de nationalité israélienne, qui est une des figures de la théologie palestinienne de la libération ; avec le père Johnny Abu Khalil, prêtre palestinien, curé de Naplouse, ville qui ne compte plus que 600 chrétiens alors qu’il y en avait 30 000 avant la création de l’Etat d’Israël ; avec Abdelfattah Abusrour, entrepreneur social du camp palestinien d’Aida, un musulman palestinien qui risque chaque jour la prison voire la mort en raison de son engagement pour la justice ; avec Monseigneur William Shomali, évêque auxiliaire du Patriarche latin de Jérusalem ; avec le frère Olivier, moine bénédictin du monastère d’Abou Ghosh, Israélien d’origine bretonne, qui se consacre en particulier au dialogue avec les Juifs… Tous ces hommes et femmes nous ont d’abord demandé le soutien de notre prière. La plupart d’entre eux a essayé de nous faire comprendre la détresse du peuple palestinien, qu’il soit musulman ou chrétien, et ils nous ont dit et redit combien tout continuait d’aller de plus en plus mal mais que, néanmoins, la désespérance n’est pas une valeur chrétienne.

                                                                                                                             Christian Delorme