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Edito d'Avril 2017

  Il y avait trois croix sur le Golgotha

Il y avait trois croix sur le Golgotha. Trois croix et trois crucifiés. La croix de Jésus n'est pas séparable de toutes les autres croix du monde. Partout où un homme est sauvagement mis à mort par d'autres humains, partout se reproduit la crucifixion du Seigneur. On devrait toujours représenter la croix de Jésus avec les deux autres croix !

Jésus a été fixé au bois de la croix entre deux autres crucifiés, se retrouvant solidaire de ces deux hommes dont le supplice était aussi inacceptable que le sien. Il s'agissait de deux « brigands ». Peut-être des malfaiteurs ; peut-être, aussi, des combattants nationalistes ? Le Christ les reçoit comme des compagnons de souffrance. Il ne porte pas sur eux de jugement. Il ne se considère pas humilié parce qu'il se retrouve supplicié en leur compagnie. Peut-être même a-t-il ressenti un frêle réconfort en se trouvant en leur présence ? Il n'était pas le seul homme à être ainsi maudit et détruit, et à devoir supporter la haine et la vindicte de ses semblables !

 

Les deux brigands, eux, réagissent différemment en face de cette situation. Etre crucifiés aux côtés d'un personnage célèbre ne devait pas aller de soi ! Ne pouvaient-ils pas craindre que leur mort paraisse « naturelle » et banale au regard de celle du Prophète galiléen ? L'histoire a confirmé cette appréhension. Les œuvres d'art qui ont représenté, par la suite, les trois suppliciés, ont souvent voulu peindre le martyre du Christ comme ayant été plus horrible que celui des brigands. Plusieurs tableaux et vitraux montrent Jésus cloué au bois de la croix, tandis que les deux larrons sont « seulement » ligotés par des cordes. Or, ils furent tous les trois cloués, parce que c'était la méthode de mise à mort utilisée par les Romains, et ils subirent donc les mêmes horribles souffrances. 

L'un des brigands n'a pas supporté d'être ainsi mis à mort aux côtés de « quelqu'un de bien ». Il se montre agressif à l'égard de Jésus, l'insultant, le provoquant. L'autre larron, en revanche, est bouleversé par ce compagnonnage. Jésus ne maudit pas le premier. Sans doute comprend-t-il ce qu'il ressent. Il s'émerveille de l'attitude du second, et il en fait le premier sauvé de l'histoire humaine : « Aujourd'hui, tu seras avec moi au paradis ! » (Luc 23, 43). Un brigand premier sauvé ! Mais nulle part il est écrit que le larron agressif n'a pas été sauvé. Comment le Christ aurait-il pu oublier ce compagnon d'agonie ?

Chacun de nous peut se retrouver dans l'attitude des deux brigands. Tantôt nous sommes prêts à nous attacher totalement au Christ, à lier notre sort au sien, à associer nos souffrances comme nos joies aux siennes. Tantôt nous cherchons à prendre de la distance avec lui, à distinguer notre vie de la sienne, à nous affirmer en opposition par rapport à lui. Mais lui continue de joindre sa croix aux nôtres.

Christian DELORME