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Edito de Novembre 2016

On les met où, les pauvres ? 

Ces derniers jours, les médias ont attiré notre attention sur le démantèlement de ce qui a été appelé « la jungle » de Calais (mot bien malheureux, puisqu'il pouvait laisser penser que ses habitants étaient des animaux sauvages...). En moins de trois jours, quelque six mille demandeurs d'asile, venus pour la plupart de l'Afghanistan, du Proche-Orient (Irak, Syrie) et de l'Afrique (Erythrée, en particulier), ont été envoyés, avec leur consentement, en divers lieux de France et placés dans des centres d'accueil d'urgence. Au même moment, nous apprenions par les mêmes médias, que plus de trois mille autres demandeurs d'asile vivaient depuis plusieurs mois sur les trottoirs de la Place Stalingrad à Paris, et qu'il allait falloir, là aussi, les installer dans des centres d'hébergement, en région parisienne et ailleurs, avant que ne surviennent les grands froids de l'hiver. Selon la Mairie de Paris, chaque jour arriveraient sur la capitale environ cinquante à cent nouveaux « migrants » (terme générique associant demandeurs d'asile pour des raisons politiques ou de guerres et migrants économiques). En région parisienne, quelque cent mille personnes, déjà, sont hébergées dans des structures d'accueil d'urgence (dont des milliers de chambres d'hôtels payées sur des fonds publics). En région lyonnaise, la pression migratoire est plus faible, des structures d'accueil très compétentes existent depuis longtemps, et cependant notre agglomération compte elle aussi plusieurs centaines de personnes abandonnées à la rue, qui se protègent comme elles le peuvent, en particulier dans des bidonvilles qui risquent à tout moment de prendre feu et où se développent gale, vermine et rats, dans des squats insalubres, ou sur des bouts de trottoir...

 

Tout cela nous montre bien – s'il était encore besoin de l'apprendre – que notre monde connait une des plus grandes crises migratoires de son histoire. La France voit, ainsi, arriver des flots de « naufragés » des tempêtes du monde... mais elle est, en réalité, un des pays les moins touchés, notre pays se trouvant géographiquement en bout de continent. Le petit Liban héberge à lui seul près de deux millions de réfugiés syriens, de même la fragile Jordanie. En Europe, Grèce et Italie doivent répondre à la présence de centaines de milliers de demandeurs d'asile...

En face de cette tragédie humaine – la plupart de ces migrants auraient préféré pouvoir rester chez eux s'il n'y avait eu la guerre, les violences, la faim –, en période de crises multiples et, d'abord, dans le cadre d'une succession de grandes crises économiques et financières, l'accueil de tous ces migrants ne va pas de soi. Ces dernières semaines, on a, ainsi, entendu des hommes politiques de premier plan, des maires et des citoyens refuser vigoureusement l'arrivée dans leurs communes de nouveaux migrants. Partout, le « quoi faire » devient un casse-tête. Le quotidien « Le Monde » a ainsi pu titrer en « une » de ses éditions des 1er et 2 novembre : « L'hostilité envers les pauvres s'exprime de plus en plus ouvertement en France ». En totale harmonie avec le pape François demandant « que toute paroisse, toute communauté religieuse, tout monastère, tout sanctuaire d'Europe héberge une famille », le cardinal Philippe Barbarin a rappelé, dans une déclaration faite le 4 octobre, nos devoirs d'accueil et, au moins, de « non-indifférence ». Reprenant une parole de l'apôtre Paul aux Thessaloniciens, il nous exhorte : « Que notre charité se donne de la peine ! »

Christian Delorme