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Edito d'Avril 2018

Déjà quarante ans de prêtrise !

Le 23 avril, il y aura quarante ans que j'ai été ordonné prêtre pour le diocèse de Lyon. Quarante ans déjà ! Je me revois, couché étendu dans l'allée centrale de l'église nouvelle de Saint-Fons (qui n'avait alors pas de nom !), entouré des paroissiens de cette ville populaire, de mes amis, de ma famille. J'entends encore le cardinal Alexandre Renard prononcer son homélie, puis je le revois me consacrant les mains alors que j'étais agenouillé devant lui. En cette époque post-conciliaire, les ordinations sacerdotales se faisaient à Lyon dans une plus grande simplicité qu'aujourd'hui, de préférence dans le lieu où l'on avait commencé un ministère pastoral, et cela me convenait bien. Le lendemain matin, le 24, je célébrais ma première messe au séminaire du Prado à Limonest, devant une toute petite assemblée, accompagné par Monseigneur Alfred Ancel qui, quelques années plus tôt, m'avait accueilli dans cette famille spirituelle.

 

J'avais désiré devenir prêtre dès mon adolescence, enthousiasmé par le grand souffle libérateur et fraternel du Concile Vatican II, émerveillé par la figure du pape Paul VI mais aussi par celles d'autres grands témoins chrétiens de l'époque : principalement le pasteur Martin Luther King Jr et le pasteur Roger Schutz, le fondateur de la communauté de Taizé. Ainsi ma vocation est-elle née dans une atmosphère de retour de l'Église à une simplicité évangélique, de souci de dialogue, de la part de celle-ci, avec le monde tel qu'il est, et d'œcuménisme. Cette Église du Concile Vatican II, je puis ainsi dire que je lui dois tout, car elle m'a permis de donner du sens à mon existence ; elle m'a offert de développer le meilleur de moi-même à son service et, plus globalement, au service de l'humanité. Elle m'a pris avec mes défauts comme avec mes qualités, et elle m'a fait confiance au point de me laisser vivre, avec une grande liberté, l'essentiel des appels que je pouvais entendre. J'avais rêvé mon existence de prêtre : celle d'un ministre de l'Évangile au contact des hommes dans leur diversité, et celle d'un homme impliqué au nom du Christ et de son Église dans les combats pour davantage de justice et de paix dans le monde. L'Église de Lyon m'a permis de vivre ce rêve, ce qui fait que je peux affirmer avec certitude que, si je devais recommencer ma vie, je ferais le même choix.

Une vie de prêtre, c'est d'abord une vie de rencontres avec les gens les plus divers, les plus « chanceux » et, souvent, les plus blessés. C'est une existence où l'on ne cesse de découvrir l'inépuisable richesse des hommes, mais aussi la profondeur de leur misère. On n'a jamais fini de « faire le tour de l'homme » ! Toutes les vies se ressemblent pour partie... et aucune, cependant, n'est identique à une autre ! J'ai toujours vécu – et cela continue !– les milliers et les milliers de rencontres humaines que j'ai faites comme de formidables aventures. Évidemment, j'ai beaucoup appris, et si, aujourd'hui, je peux quelques fois aider des gens à voir un peu clair dans leur vie, c'est grâce à tout ce que j'ai reçu des autres.

À Saint-Fons, à Gerland, à la Guillotière, à Oullins et Pierre-Bénite, et maintenant à Cuire, je me suis retrouvé dans des communautés chrétiennes chaleureuses, priantes et solidaires, et dans chacune d'entre elles je me suis vraiment senti heureux. Comment, dès lors, en ce quarantième anniversaire, ne rendrais-je pas grâce ? En même temps, je suis bien conscient de mes faiblesses, de mon péché, de mes limites. Mais je n'en suis que plus émerveillé par l'audace de Dieu, car c'est avec les pécheurs qu'il construit son Église et, plus encore, son Royaume !

Christian Delorme