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Edito de Juillet-Août 2019

Pourquoi sommes-nous sourds à la parole des prophètes ?

Ces lignes sont écrites alors que la France connait une importante « vague de chaleur » qui suscite des inquiétudes dans l'opinion, ravivant les souvenirs douloureux de la canicule de 2003 qui avait causé dans notre pays quelque 15 000 décès. Faut-il craindre un été 2019 suffoquant et meurtrier ?

 

Bien entendu, je n'ai pas la réponse... que personne n'a ! Mais ce que je retiens de la situation que nous vivons, c'est la progressive prise de conscience, individuelle et collective, des changements climatiques, de leurs causes et de leurs conséquences. Certes, il y a encore des « climato-sceptiques » qui s'obstinent, pour diverses raisons, à nier la réalité... et pas des moindres parmi nos congénères ! L'actuel président des Etats-Unis, Donald Trump, est la figure emblématique (et, malheureusement, très influente !) de cette attitude de déni. Mais tous ceux qui sont attentifs aux évolutions du monde sont obligés de constater que notre planète connait un réchauffement climatique accéléré lié aux nuisances accumulées de notre développement industriel. En Antarctique comme en Arctique la banquise fond plus vite que jamais, mettant dès à présent en danger l'existence de centaines de milliers de personnes (en particulier au Bangladesh qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans les eaux). Des sécheresses dramatiques se succèdent, année après année, en plusieurs régions du monde, notamment en Afrique de l'Est, plaçant en situation de famines des millions d'êtres humains et d'animaux. Après les migrations de centaines de milliers de personnes liées à divers conflits, se développent à présent des migrations dûes aux changements climatiques. Les « réfugiés climatiques » arrivent !

Lorsque j'avais dans les vingt ans – c'était dans les années 1970 ! – il y avait, en France, des hommes qui annonçaient ces dangers. Je pense en particulier à deux d'entre eux que j'ai bien connus : l'écrivain Lanza del Vasto, un des premiers disciples européens et chrétiens de Gandhi, et l'agronome René Dumont, qui fut candidat à l'élection présidentielle de 1974 sous l'étiquette « écologiste » que nous découvrions. Ils étaient considérés par la plupart des gens comme d'inoffensifs originaux. Or force est aujourd'hui de constater qu'ils avaient terriblement raison, et que si notre monde avait su alors les écouter, nous aurions gagné quarante années de prise de conscience ! Pourquoi donc faut-il que les prophètes ne soient pas pris au sérieux quand ils parlent ? Pourquoi sommes-nous si souvent sourds ?

Le prophète, dans la tradition biblique, est celui qui avertit au nom de Dieu. Il ne veut pas le malheur des hommes, mais il prévient que le malheur va survenir si les gens ne se ressaisissent pas à temps. Il n'est pas un devin : il a, par inspiration divine et aussi par charisme personnel, une capacité à « voir loin », à envisager (c'est-à-dire mettre un visage) à l'avenir qui se dessine. Or presque toujours ce qu'il dit apparaît insupportable à ses auditeurs... et on ne reconnaît que bien plus tard et bien trop tard qu'il disait juste !

Le pape François fait partie des prophètes d'aujourd'hui. Son encyclique « Laudato si » est un texte d'avertissement qui demande à être pris au sérieux, et on ne peut que regretter qu'il n'y ait pas eu un pape précédent pour l'écrire ! Mais est-il encore temps, quand on sait que nos mers et océans, lieux d'émergence de la vie, sont étouffés par un continent de matières plastiques ?

 

Christian Delorme