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Edito de Novembre 2019

Faut-il avoir peur de l'islam ?

Depuis quarante ans, c'est-à-dire depuis la révolution islamique en Iran de 1979, il n'y a pas un jour où nous n'entendons pas parler de l'islam et des musulmans, d'une manière qui, en général, suscite l'inquiétude, voire la peur. Cette réalité de l'islam nourrit de manière récurrente les débats politiques, fait l'objet d'inépuisables émissions de télévision, et nul doute que tout cela n'est pas près de s'arrêter ! Les prochaines élections municipales en France vont inévitablement être influencées par ces débats, et on peut être sûrs que le sujet sera au centre des élections présidentielles de 2022.

 Il n'est pas facile de traiter de l'islam et de se faire une opinion juste à son sujet. En effet, l'islam n'est pas qu'une religion (au sens d'une foi avec sa doctrine, sa spiritualité et ses pratiques proprement religieuses) : c'est, aussi, une manière d'habiter le monde et de penser son organisation politique. Durant longtemps (en gros du XVème siècle à la première moitié du XXème siècle), l'islam a été comme « assoupi » (notamment en raison de la longue domination du monde par l'Occident). Il s'est maintenant « réveillé », moins grâce à un nouveau dynamisme spirituel et intellectuel, qu'à la faveur de facteurs démographiques et surtout géopolitiques, en particulier la possession, par certains pays musulmans, de réserves de pétrole et de gaz. On aurait pu voir surgir un islam porteur de valeurs progressistes et animé par une spiritualité libératrice et pacifique. Hélas ! C’est un islam obscurantiste (l'islam wahhabite salafiste produit en Arabie Saoudite) et totalitaire (l'islam prétendument moderniste des Frères Musulmans) qui, ces quarante dernières années, s'est progressivement emparé des principaux lieux de savoir, de pouvoir et de culte de l'islam mondial. De surcroit, pour de multiples raisons, une grande partie des sociétés musulmanes se trouve en proie à de terribles violences internes. Ce qui nous met en présence de ce paradoxe : d'un côté l'islam connait une nouvelle propagation spectaculaire, de l'autre il est déchiré en lui-même comme jamais il ne l'a été dans son histoire !

En France, où vivent désormais quelque six millions de musulmans, dont plus de la moitié est de nationalité française, tout cela a un impact réel. L'immense majorité des musulmans de France est composée de personnes voulant vivre en harmonie et en paix avec tous, mais une minorité néanmoins importante fait preuve de comportements très démonstratifs, parfois prosélytes et intolérants. Dans plusieurs quartiers, et surtout dans plusieurs villes de banlieues populaires, le développement d'un islam fondamentaliste très ostentatoire, rend la vie impossible pour les autres. Or depuis quarante ans, les pouvoirs publics se montrent dans l'incapacité de maîtriser ce phénomène, de le réduire, ce qui a pour résultat de nourrir les crispations de manière inquiétante.

Aujourd'hui, d'un côté les musulmans de notre pays se sentent stigmatisés, mal aimés, ce qui fait le jeu des courants qui veulent créer un communautarisme musulman susceptible de peser sur les lois de la République ; de l'autre de plus en plus de non-musulmans n'en « peuvent plus » de l'islam et des musulmans. Une situation qui peut nous conduire à de graves troubles. Dès lors, les chrétiens doivent avoir le souci, sans être naïfs, de ne rien faire qui puisse « jeter de l'huile sur le feu ». Ils sont appelés à favoriser des approches justement documentées de ce phénomène islamique nouveau, à refuser les amalgames caricaturaux et injurieux, et à pratiquer le plus possible le dialogue fraternel avec les musulmans « ordinaires » de leur entourage.

Christian Delorme